Chapitre 3 : Moto-Boulot-Dodo

Si vous avez la chance de voyager à moto à travers les campagnes du Cambodge, faites-le. Après une heure passée à vérifier scrupuleusement la route pour ne pas se prendre une autre moto en face ou un nid de poule, on est suffisamment à l’aise pour admirer le paysage qui nous entoure.  Chaque matin, c’était un régale de prendre la moto pour aller au travail. Le trajet menant au village me faisait passer par le marché effervescent dès 7H30 du matin, les nouvelles résidences qui se construisaient à une vitesse effrénée, les routes de terres avec vue sur les maisons traditionnelles khmères ou encore les champs de rizières où surplombent des hauts palmiers. 

Rizière sur le trajet vers le village de Trean
Les compagnons de route

Parfois, je me retrouvais coincée dans des « embouteillages ». Je ne vous parle pas de la file indienne de véhicules sur le périph’ qui attendent de bifurquer sur l’A4. Ce qui me freinait, c’était plutôt des troupeaux de vaches ou de buffles. Une dizaine côte à côte, tout aussi nonchalants, les uns que les autres. Vous pouvez klaxonner autant que vous voulez, pas sûr que l’animal accélère le pas.

Je dois reconnaître que même si, bien souvent, j’étais pressée de me frayer un chemin, il m’arrivait d’observer ces énormes bêtes de manière contemplative passer à 1m de moi. Et dire que l’être humain est capable d’apprivoiser des espèces qui font 10 fois leur poids, c’est quand même dingue… Tout ça pour vous dire qu’écouter les meuglements des bovins, ça a quand même plus de charme que d’entendre les klaxons des parisiens (parfois stressés).

quand on a de la visite sur le chantier

D’autre fois, il m’arrivait de croiser les habitants du village, père et enfants assis sur une charrette tractée par des vaches avançant à une allure d’à peine…4Km/H. Pour la citadine que je suis, je me dis qu’il n’y a pas vraiment d’intérêt, à pied, ils iraient à la même vitesse voire plus vite! J’étais aussi stupéfaite de voir que de tel moyen de transport était encore utilisé. “Un bond dans le passé. On se croirait au Moyen-âge”  me disais-je. Assis haut perchés sur leur charrette, ils saluaient tour à tour les autres habitants qu’ils connaissaient et entreprenaient des courtes discussions du quotidien (l’intérêt d’avancer lentement) après quoi, ils se remettaient à… ne rien faire ou plutôt, à scruter les champs traversés tout en se laissant bercer par les pas réguliers des bêtes.  

quand je croise le chef du village et son fils

A la période de la mousson, il m’arrivait de tomber sur des nids de poule ou devrais-je dire des nids d’autruche, vu la taille de la cavité. Il fallait parfois conduire sous une pluie battante avec pour protection un long pancho; un peu comme l’espèce de bâche qu’on s’achète à Disney quand la pluie commence à s’abattre et qu’on veut, coûte que coûte, rester jusqu’au spectacle de fin ; entre autre, pour bien rentabiliser les billets.

niz d’autruche à gogo

Arrivée au village, je pouvais compter sur un café réconfortant à la boutique de M.Nith. Ce lieu se trouve sur la place du village, au carrefour de l’école, de la pagode et du château d’eau que nous avions construit durant le projet. Avant d’entamer les travaux de la journée, nous nous retrouvions souvent avec quelques compagnons de chantier pour le café du matin. Chez M. Nith, c’était un peu l’épicerie arabe du coin voire plus encore, à mi-chemin entre la brasserie, l’épicerie et la boulangerie. M. Nith et sa femme vendaient aussi tous pleins de friandises et boissons dont les enfants raffolent. C’était un lieu convivial où j’aimais faire une pause, l’endroit idéal pour observer la vie du village. C’est très appréciable d’être au cœur de la vie quotidienne des khmers mais l’objectif premier restait de créer le réseau d’eau potable.Avant qu’AMICA ait eu l’idée de monter ce projet, les habitants devaient se contenter de l’eau de quelques forages situés à plusieurs endroits du village. Seules quelques familles aisées avaient pu creuser leur propre puits et s’affranchir des corvées d’eau. 2 forages de 70m de profondeur, un château d’eau de 60m3, un réseau de canalisations de 7km, 2 pompes alimentées par des panneaux photovoltaïques, voilà ce qui a été réalisé pour approvisionner plus de 300 familles et ce pourquoi je passais mes journées. J’étais ravie et fière de contribuer à un tel projet. Un projet qui, chaque jour, apportait son lot de surprises et de défis à relever…