Salut toi qui es en train de me lire.

Quelques semaines avant que je ne me retrouve là, en train d’écrire ces lignes, j’ai eu le plaisir de recevoir les Tontons à déjeuner. C’est un moment rarissime car chacun d’entre nous a un emploi du temps de ministre (j’exagère, mais tu vois ce que je veux dire !).

Durant ce repas, les conversations étaient croisées, dispersées dans tous les sens. Si tu avais été présent, tu aurais sûrement cru que nous étions en train de nous engueuler tellement ça parlait fort en chinois, mélangé de temps à autre à du français. Lors d’un moment de répit, je saisis l’occasion pour leur poser des questions (curieuse comme je suis) sur leur passé, leurs souvenirs durant cette fameuse période, où ils ont été poussés à quitter tout ce qu’ils avaient réussi à bâtir au Cambodge.

Au fil de la conversation, je finis par apprendre une triste et horrible histoire qui concernait un de leurs cousins germains. Les Tontons se souviennent que leur jeune cousin savait très bien nager. Lorsque les rares occasions se présentaient, il allait à la pêche aux poissons afin de subvenir aux besoins vitaux des siens. Un jour, il s’aventura une nouvelle fois dans l’eau. Mais il fut loin de se douter qu’il en paierait le prix fort, et qu’il vivrait ainsi son ultime journée.

Lorsque les Khmers rouges le surprirent dans la rivière, ils lui demandèrent gentiment ce qu’il faisait. Amadoué par leur sympathie, il répondit honnêtement. Quelques instants après, le cousin se retrouva brusquement ligoté. Ses mains et pieds furent attachés fermement par une corde. Choqué par cette situation, le cousin ne comprenait pas ce revers de comportement. Le visage des Khmers rouges avait subitement changé. Il était devenu froid, sévère.

Abasourdi, le cousin tenta de comprendre cette injuste arrestation. Il essaya de s’expliquer, de se défendre, de demander pardon pour le « mal » commis. Mais ses paroles restèrent sans réponse, sans la moindre compassion. Le cousin commença à être submergé par la peur voyant ces Khmers rouges déshumanisés. Je suppose qu’à ce moment là… des tonnes de questions étaient en train de lui hanter l’esprit. Allait-il être emprisonné ? Torturé ? Tué d’une balle ? Enterré vivant ? Il s’imagina toutes les scènes possibles, sauf peut-être celle qu’il allait tristement subir.

Toujours attaché, le cousin voyait les Khmers rouges lui rajouter du poids à ses mains et pieds. Paniqué, il commença à réaliser ce qui l’attendait et regretta amèrement d’avoir été naïvement honnête, d’avoir fait confiance à ces Khmers rouges. Terrifié, il supplia ces communistes d’avoir pitié de lui, de lui laisser la vie sauve. Il présenta une nouvelle fois ses sincères excuses d’avoir pêché (autant au sens propre qu’au sens figuré). Il jura de ne plus recommencer. Mais en vain…

J’essaie d’imaginer la suite… Effrayé, pétrifié à l’idée de mourir noyé, le cousin retint sa respiration le plus longtemps possible, essayant de toutes ses forces de se libérer. Il pria sûrement pour qu’une personne lui vienne en aide pendant que l’eau remplissait ses poumons. Ce supplice, ce calvaire interminable, dura probablement à peine une minute. Malheureusement, il ne remonta jamais à la surface. Il s’éteignit de manière épouvantable, seul, au fond de l’eau…

Je t’avoue qu’en apprenant cette histoire, des larmes de tristesse ont coulé sur mon visage. J’espère sincèrement que ce cousin, ainsi que les milliers d’autres victimes des Khmers rouges, ont réussi à pardonner (de là où ils sont), les atrocités de leurs bourreaux. Que leur âme repose en paix…Et que leur prochaine vie puisse être meilleure.

Je te raconte la suite au prochain épisode…

Prend soin de toi.