CHAPITRE 4 : MADE IN CAMBODIA

Au Cambodge, les méthodes et le rythme de travail sont à l’antipode de ce qui se fait en France.  On reproche aux français la lourdeur administrative. Au Cambodge, c’est tout le contraire. Si j’acceptais de conclure un contrat, une embauche, un paiement avec un simple sourire ou une poignée de main, ça leur allait très bien. Je redoublais d’effort pour tout formaliser de manière manuscrite. Les khmers ne sont pas les pros de l’écriture mais demandez-leur de faire du béton à la mano, de fabriquer une échelle de toute pièce ou de porter des kilos de ferrailles et vous serez étonnés de voir à quelle vitesse ils sont capables de le faire et avec très peu de moyens.

Parlons-en des moyens. La qualité des produits et des engins nous a fait perdre beaucoup de temps, d’énergie et à moi, de la patience. Imaginez une pelle de 14T qui s’arrête de creuser au bout d’une heure parce qu’elle a trop chauffé, un camion rempli de sable qui s’arrête en plein milieu de la route (la seule), parce qu’elle ne démarre plus. Maintenant, imaginez 5 personnes dont 1 : moi toute, essoufflée, en train de retirer la terre accumulée sur les roues et pousser de toute force le camion. Répétez ces situations 1 fois par semaine et vous saurez pourquoi je perdais patience.

Camion de livraison embourbé au pied du château d’eau


Pas étonnant comme situations, vu que la plupart des engins sont en mauvais état. Ils ont été récupérés chez les pays voisins plus développés (Chine, Corée, Japon) et ont été utilisés par 3,4 voire 5 entreprises avant d’arriver dans les mains de nos ouvriers.

Enfin, je ne pouvais pas finir sur le sujet des méthodes de travail biscornues sans parler de la sécurité sur le chantier. Est-ce qu’on peut vraiment parler de sécurité lorsque les ouvriers travaillent en tongues et casquettes ? Je peux compter sur les doigts d’une main les fois où ils ont accepté de porter des chaussures de sécurité si bien qu’un des gars m’a répondu un jour : « Julie, j’ai les pieds trop larges pour porter ces chaussures, ça me fait plus mal qu’autre chose et crois-moi, c’est en les portant que je risque d’avoir un accident ! ».

J’ai vu aussi M. Nith, scier la racine d’un arbre, pieds nus dans l’eau,

le scieur


le peintre, perché à 20m de haut sans  harnais, sourire aux lèvres contemplant le village tout en peignant le château d’eau, le soudeur portant des lunettes de soleil en guise de protection contre les étincelles.Parfois, ce dernier se montrait « raisonnable » lorsque je lui faisais la remarque. Il se précipita alors pour aller enfiler…son casque de moto.

le peintre

Comment ne pas s’inquiéter de ces conditions de travail ? Mes collègues français se seraient bien étouffés de stupéfaction mais secrètement, j’avoue en avoir beaucoup ri également tellement ces situations étaient inattendues. Comme la fois où le fameux soudeur aux lunettes de soleil, ne trouvant aucune feuille ou autre support pour écrire, se mit à écrire sur son T-shirt. Y-avait-il une urgence particulière ? Pas la moindre du monde ! Il voulait simplement me montrer comment écrire mon prénom en cambodgien. Des anecdotes de ce type, j’en ai encore des tas à raconter mais je ne voudrai pas que vous passiez à côté des autres facettes du Cambodge qui m’ont tant surprise et qui vous étonneront peut-être tout autant…

 

 

 

le soudeur, flockeur de T-shirt