Episode 9/ La soupe “Phở”
Salut toi qui es en train de me lire.
 
En réussissant à traverser l’un des plus grands fleuves d’Asie, Papa et la famille atteignirent un point de non-retour. Une fois le pied posé à terre, le fardeau de la peur se volatilisa et une joie immense s’enflamma. Tous sains et saufs, ils ne souhaitèrent qu’une chose à présent : s’alimenter. Pour ce faire, Grand-mère comptait vendre le peu de bijoux qu’il lui restait afin d’obtenir de la monnaie vietnamienne. Mais très vite, elle sera prise d’inquiétude, de panique. Son petit paquet d’or, qui représentait ses dernières économies, avait disparu.
 
L’aurait-elle égaré en chemin ? Un des passagers du bateau ou même encore, le passeur l’aurait-il dérobé ? Sans réfléchir une seconde de plus, la fratrie retourna sur ses pas. Après plusieurs dizaines de minutes de recherches, impossible de retrouver les objets de valeur, ni les passagers qui étaient à bord. Quant au passeur, il avait déjà levé le voile.
 
Dépités, ils réfléchirent à un nouveau moyen de se procurer de l’argent. Par chance, Tonton 5 possédait encore un petit objet qui allait leur permettre de continuer leur périple plus sereinement et d’atteindre leur destination finale. Ce fameux objet n’était autre qu’une montre qu’il portait au poignet.
 
Dans un premier temps, ils purent s’offrir un repas digne de ce nom : une soupe « Phở ». C’est une spécialité vietnamienne servie dans un grand bol, composée d’un bouillon, de viande, de nouilles de riz, d’épices et d’herbes aromatiques. Les vietnamiens ont pour habitude de la déguster à n’importe quel moment de la journée, y compris au lever du soleil.
 
Après avoir été longuement baignés dans la famine, la malnutrition, et frôlant la mort à tout moment, c’est la première fois en quarante jours que la famille retrouvait un peu de dignité, de sécurité. D’un semblant de vie « normale » comme à la belle époque.
 
Installés sur des tabourets et autour de plusieurs petites tables, les membres de la fratrie savourèrent ensemble chaque bouchée, chaque cuillère de cette soupe explosant de saveurs. Le goût fut exquis. La chaleur de ce merveilleux bouillon réchauffait leur corps, mais aussi leur cœur. Ils étaient au paradis. Si seulement le temps pouvait s’arrêter, s’éterniser à cet instant précis.
 
Après ce petit-déjeuner qui restera à jamais gravé dans leur mémoire, la famille prit un autocar pour la première fois de leur vie, en direction de Bac Liu, ville natale de Grand-mère. Papa se rappelle que le trajet fût très long et inconfortable. Le car roulait lentement et était secoué dans tous les sens, tantôt par des bosses, tantôt par des creux. Tu l’auras deviné, les routes étaient sinueuses, instables.
 
Douze heures de route. C’était le temps qu’il aura fallu à la famille pour arriver à bon port. Le frère de Grand-mère, qui ignorait totalement la venue de sa sœur, ses enfants ainsi que ses petits-enfants, était également loin de se douter de ce qu’ils avaient traversé. Stupéfait et effrayé de voir débarquer une quinzaine de personnes avec la peau sur les os et ce, en pleine nuit, le frère peina à reconnaitre sa famille.
 
Après avoir écouté les évènements que venaient d’endurer ses proches, le frère de Grand-mère se sentait à la fois soulagé et navré. Soulagé car sa sœur était toujours vivante malgré son apparence squelettique. Et navré, car il était impossible pour lui d’héberger tout ce monde, même avec la meilleure volonté du monde. Et pour cause, lui, sa femme, et leurs six enfants dormaient déjà presque les uns sur les autres.
 
La suite au prochain épisode.
 
Prend soin de toi 🙂