Obnubilé par leur teint blanc, leurs yeux de biche et leur grande taille, Papa ne cessait de les dévisager. Il n’arrivait pas à quitter des yeux les hôtesses et stewards français qu’il trouvait extrêmement beaux. Il n’arrêtait pas de contempler également leur joli nez, haut et fin ; et de sentir leur parfum à chaque fois que l’occasion se présentait. Il voulait vérifier cette fameuse rumeur. Les Français avaient apparemment un nez crochu et dégageaient une odeur de lait, de beurre ou encore de fromage. Mais il n’en était rien, éclata de rire Papa quand il me partagea cette anecdote.


Lorsque les premières lueurs crépusculaires apparurent à travers les hublots, Papa admira ce spectacle fabuleux. Les couleurs furent magnifiques et irréelles. Ce fut comme s’il était immergé dans un autre monde qu’on pourrait appeler : le Paradis. Ce ciel immense et infini remplit son cœur de sérénité, de paix et de joie intense. Ne voulant perdre une miette de ce moment magique, Papa s’efforça de mémoriser cette vue à jamais car, qui sait, ce fut peut-être la première et dernière fois qu’il planait au-dessus des nuages.


Papa qui n’arrivait pas à se reposer, fut envahi par mille et une pensées : Est-ce que son frère aîné avait changé après trois ans ? Qu’allait-il faire de sa première journée en France ? Où est-ce qu’il allait habiter ? Allait-il trouver du travail ne sachant pas parler un mot de français ? Arriverait-il à trouver l’amour ? La famille réussira-t-elle à retrouver la petite fille de Tonton 6 malgré la distance ? Retourneront-ils un jour au Cambodge ?

A quelques dizaines de minutes de l’atterrissage, la pression atmosphérique causa de vives douleurs aux oreilles de Papa. Il ne sut stopper ce problème. Il se demanda si c’était normal, alors il questionna sa famille. Rassuré de savoir qu’il n’était pas le seul, il prit son mal en patience jusqu’à que cela s’arrête. Ce moment désagréable fut vite oublié lorsqu’il se retrouva à l’intérieur de l’aéroport.


L’aéroport de Roissy Charles Gaulles était très spacieux, propre et lumineux se souvient Papa. Des panneaux d’indications étaient affichés un peu partout mais la famille et lui ne comprirent guère les informations. Alors, ils suivirent tout simplement les autres passagers. Ils réussirent à récupérer leurs bagages et à sortir au bon endroit. A la porte d’arrivée, se trouvait Tonton 2 qui attendait impatiemment, sa maman, sa femme, ses enfants, ses deux petits frères et sa petite sœur.


Ce fut officiellement la fin et le début d’un nouveau chapitre lorsqu’ils se retrouvèrent face à face, tous ne purent s’empêcher de cacher leurs larmes de joie. Tonton 2 prit toute la famille dans ses bras. La dernière fois qu’il vit sa femme, cette dernière était enceinte de quelques mois, alors c’est avec émotion et émerveillement qu’il rencontra pour la première fois, sa petite fille, quatrième de la fratrie.


Après un long moment d’embrassades et de bavardages, direction boulevard de Charonne, là où se trouvait l’appartement de Tonton 2. C’est ici que la grande famille vivra durant quelques années, le temps que chaque Tonton et Tata économise et prenne son envol vers d’autres horizons.

Papa se souvient bien de son premier jour à Paris. Tout d’abord parce que c’était le premier, mais aussi parce que les jours suivants se ressembleront jusqu’à son départ à la retraite. Tu l’auras peut-être compris, Papa rentrera dans la vie active dès le lendemain de son arrivée. Comment a-t-il décroché un job aussi vite ? Qu’a-t-il fait de sa première journée à Paris ? Et ses frères et sœurs, que deviendront -ils ?


La suite au prochain épisode.

Prend soin de toi.